Les voyages à vélo

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Beni Mellal

Ecrit par seb le mardi 4 avril 2006

Lundi 3 avril, 21h. Adossé à un lit dans l' hôtel Saadâ, je prends mon carnet de notes pour y laisser quelques traces de ma journée.

Ce matin, le réveil fut dur. Nous avons dormi dans un endroit somptueux au bord d' un lac mais des centaines de crapauds nous ont tenu compagnie en coassant toute la nuit. Les regonflages réguliers, en pleins songes, de mon matelas crevé, ne m' ont pas aidé à récupérer de la journée de vélo. Pour couronner le tout, une bonne tourista m' a rappelé les joies du camping sauvage... Mais le soleil est là, nous avons de la route et surtout un col à franchir. Alors je range mon matelas, mon sac de couchage, ma tente et je chauffe une gamelle d' eau pour le petit déjeuner. Café en poudre, lait en poudre, pain et confiture maison. Je traîne une petite théière dans mes sacs mais j' ai fait une overdose de thé à la menthe...Ensuite, il faut que tout tienne dans les sacoches. Le réchaud s' ajuste dans la gamelle, le beurre dans la théière. Le sac vert c' est tout le sucré, le noir les pâtes et le riz, le jaune les épices, et ainsi de suite. Tout est méthodiquement rangé.

C' est avec peu de motivation que je mets les pieds sur les pédales ce matin. Je me sens faible et la chaleur m' accable. Mais le paysage me donne un peu de courage. Aujourd'hui c' est de la descente jusqu' à la plaine quelques 500 mètres plus bas mais il faut d' abord franchir un col dont la hauteur nous est encore inconnue...Dans un rythme tenant du réflexe, je monte. Christophe me suit et nous faisons de nombreuses pauses. Nous n' en revenons pas ! Pourquoi cette route monte-t-elle autant ? A 13h et après trois heures d' acharnement, nous passons le col à 1400 mètres. Ce n' est pas haut, comparé aux 2700 mètres de jeudi, mais la fatigue et la chaleur compliquent la tâche. Pause midi à l' ombre de chênes verts. Riz, olives fraîches et thon mais pour moi le riz suffit...je tente de me soigner. Après une courte sieste, c' est l' heure de la descente. De 1400 mètres, nous tombons directement à 600 mètres en seulement 15 kilomètres !

C' est le bonheur et une belle récompense à nos efforts. Le Haut Atlas et Moyen Atlas sont maintenant franchis. Je vois ses contreforts dans mon rétro et j' éprouve déjà de la nostalgie depuis la route polluée qui m' emmène à Beni Mellal (axe Marrakech - Beni Mellal).

Cette ville nous accueille avec indifférence. Nous sommes perdus et n' avons plus l' habitude de la « civilisation ». Le bruit m'agresse, la pollution me fait tousser et mes yeux se perdent dans cette opulence de gens et de béton. La nature me manque déjà. Christophe trouve un hôtel. A peine arrivé, je fonce sur Internet prendre des nouvelles. Voilà une semaine que je suis coupé de la France (en partie) et j' ai l'impression que ça fait un mois. Je m' attends à une profusion de mails et commentaires. C'est toujours moins qu' espéré mais c'est déjà très bien.

Campement au bord du lac.

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Un des coupables de notre insomnie.

Rencontres, encore et encore.

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Descente…

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Route de Beni Mellal. Pollution, trafic, bruit…C’était bien, la montagne.

Poursuite Infernale

Ecrit par seb le mercredi 29 mars 2006

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Il est 17h, grand temps pour nous de chercher un endroit pour dormir car le soleil entame sa chute vers la nuit. Nous avons quitté le dernier bled (Rissani) pour prendre la route vers Erfoud dans le but de camper au milieu d’une palmeraie, à l’écart de la « civilisation ». Souvent les chemins qui croisent les axes routiers sont de bonnes opportunités pour trouver une étendue d’herbe pour nos tentes. Nous trouvons bien quelques endroits paisibles mais nous jouons les difficiles. Notre chemin nous conduit ensuite vers un village qui n’en finit pas de se prolonger encore et encore. C’est sûr, ce n’est pas ici que nous allons être au calme… A raison de sept enfants par famille en moyenne, les villages sont surpeuplés de bambins qui grouillent partout. C’est très « vivant ». Alors que nous le visitons, ce village nous surprend également. Le temps semble s’être arrêté ici. La vielle place de la mosquée respire la sagesse des vieux qui la remplissent. Dans les ruelles, les effluves de tajines se mêlent à la poussière des maisons de terre. Nous devons maintenant accélérer, il fait nuit à 18h30!  Comble du sort, nous aboutissons à un cul de sac. Les rires des enfants que nous avions semés nous rattrapent et d’autres les ont rejoints. Les vieux devaient bien rire en nous voyant passer et les paris ont dû fuser pour savoir avec combien d’enfants nous reviendrions à nos trousses.

C’est le début de la poursuite infernale. Nous traînons derrière nous une trentaine d’enfants qui courent, crient et rigolent. Les vieux nous voient repasser et rigolent aussi. Nous sommes l’attraction de la journée (ou du mois peut-être). Accélérations, sprint, doublements, tout cela nous amuse beaucoup jusqu’à ce que nous réalisions que notre cortège ne nous lâche plus… Le village distant de plusieurs kilomètres, les plus acharnés ont tenu le coup et nos lourdes montures ne font pas le poids face à leurs jambes toniques et leurs vélos tout légers. Dans un effort ultime, nous lançons le sprint final. Le but est de les semer. Nous maintenons une visite élevée et au moment où nous les perdons de vue, nous tournons dans un champ pour nous y cacher ! Epuisés, nous avons réussi. Il fait quasiment  noir et nous n’avons pas d’autres possibilités que de camper là où nous nous cachons, sur un petit bout de terre à cinquante mètres de la route principale…

Je pense alors à ce proverbe : « à vouloir mieux on a de fortes chances de tout perdre ».

Sadki Ali - Fabricant de carrelage

Ecrit par seb le mercredi 29 mars 2006

Ce midi, Christophe me rejoint chez Hassan, réputé pour faire la meilleure cuisine de Goulmima. Très enthousiaste, il me narre sa rencontre avec Ali. Il faut que tu y ailles, ils attendent le photographe (en effet j’ai hérité d’un nouveau métier avec mon appareil flambant neuf).  Je retrouve Ali et lui explique l’idée des « visions du Maroc » en ajoutant que « in ch’allah » cela lui fera un peu de pub. A 30 dirhams le m² (3 euros) de carrelage artisanal, cela peut pousser des français à faire un léger détour par Goulmima. Nous apprenons alors tout sur le carrelage et ses deux employés posent fièrement devant mon objectif. Les séances photos terminées, nous sommes conviés à prendre un thé (ça doit être le dixième aujourd’hui !) pour écouter l’histoire d’Ali :

« Ca fait quatre années que j’ai ouvert ce magasin ». Je lui demande pour quelle raison, si c’est une histoire de famille ou une passion (avide d’histoires d’amour) mais tout simplement Ali travaille parce que c’est comme ça : « Je n’ai le choix. Avant, j’ai fait des études de droit mais ça sert à rien ici. » Comme beaucoup de Marocains de la région, il m’explique que les études sont inutiles. Il ajoute « tu vas à l’école et après, au revoir, ils te jettent ». Il me questionne sur la France et je lui réponds que, la plupart du temps,  nous avons la chance (sans vraiment le savoir d’ailleurs) de travailler dans la continuité de nos études. Mes mots le laissent rêveur. C’est aussi parce que ses parents sont morts qu’il est revenu ici pour s’occuper de la maison et des champs qu’ils ont laissés. Il ne voulait pas abandonner la maison. Nous refusons hélas sa proposition de manger et dormir chez lui

Si vous voulez des carrelages, contactez moi ou allez le voir : « Ali Sadki – rue Mohamed Sadis n°42 – 070 78 11 43 – Goulmima »

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Les deux ouvriers d'Ali

Dépose de la couleur suivant la découpe choisie.
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Ajout du sable qui fera la base du carrelage.

Le résultat !
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A vous de choisir...
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le dernier petit de la famille.

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Pour sa photo, Ali a insité pour que nous posions devant ses échantillons de carrelage.